Sport de traîne et handicap, projet d’actions 2017, par Francis Machecourt (Acatpa’t)

 In FFST

 

Lors de la dernière édition de la LEKKAROD, le président Antoine Lemoine ayant entendu parler des initiatives de notre club en matière de pratique pour les personnes handicapées m’a demandé si je pouvais consacrer un peu de temps à développer cette pratique dans le cadre fédéral.

J’ai accepté sur le principe sans trop savoir comment prendre le problème. Pourquoi ?

Plusieurs questions se posent d’emblée :

Parle-t-on de pratique active, c’est-à-dire d’une forme de pratique ou l’handisportif est acteur en tout ou partie du pilotage ou d’une pratique de baptême ou la personne est simplement passagère d’un traineau ou d’un Kart ?

L’activité de traîne devrait  du fait de l’action motrice en grande partie assurée  par les chiens apparait comme pouvant être largement ouverte aux personnes porteuses d’un handicap, en particulier pour les gens atteints de troubles de la motricité. Est-ce aussi évident ? N’y a-t-il pas déjà un vivier important de structures, club ou musher pro, qui proposent ce genre de pratique ?

Ensuite peut-être est-il utile de cerner la notion de handicap dont on parle ; La problématique du non voyant, du sourd, ou du paraplégique est bien différente et va nécessiter des adaptations qui n’auront rien à voir entre elles. Il ne s’agit  ici que d’exemples et on pourra multiplier la liste.

Nous devrons ensuite définir le niveau de pratique à promouvoir ; Serons nous en mesure de définir des règlements pour toutes les épreuves, neige et hors neige sur des supports variés avec des attelages open ou limités ?

Enfin nous devons absolument en tant que structure fédérale délégataire, en tant qu’enseignant de l’activité et en tant qu’organisateurs potentiels, prendre en compte les problèmes de sécurité avec une acuité particulière : Un valide qui se fait éjecter de son traineau et dont les chiens prennent la poudre d’escampette, cela peut poser problème. Pour un paraplégique la même situation n’est plus une mésaventure mais une prise de risque importante pour son intégrité physique.

A la première question, le cadre fixé par Antoine et auquel je souscris est que dans une fédération  sportive, il faut promouvoir la pratique active c’est-à-dire la pratique dans laquelle la personne handicapée devient actrice, en fonction de son handicap, de l’action de pilotage. Ceci ne signifie pas forcément l’autonomie totale. Mais cela ne signifie pas non plus le transport passif dans la barquette.

Cette pratique « active » existe-t-elle déjà au sein ou en dehors des clubs fédérés ?

La réponse actuelle est que nous ne savons pas. Il est donc indispensable de faire un inventaire des pratiques existantes dans les clubs fédérés ; Il existe sans doute des structures qui face à des demandes particulières ont d’ores et déjà trouvé des réponses plus ou moins satisfaisantes.

Mais aussi hors structure ; Des associations ou des professionnels mettent déjà en œuvre des activités proches par le milieu, les conditions météo etc.. avec des personnes handicapées.

Il ne faut pas dans ce cas réinventer ce qui fonctionne mais s’approprier ce savoir-faire et le transformer pour le rendre compatible avec l’activité de traîne. Je pense en particulier à toutes les formes  de fauteuil ski, aux accompagnateurs  en montagne qui tirent eux même des pulkas adaptées en raquettes.

Nous souhaitons que les clubs qui développent ce genre d’initiatives les fassent remonter au niveau fédéral sous la forme qui leur convient : diaporama, articles, compte rendu par téléphone etc….

Nous souhaitons aussi que les clubs qui envisagent de prendre des initiatives dans ce domaine mais qui hésitent à se lancer, fassent part des obstacles qui les freinent dans la mise en œuvre.

Sur la définition et la problématique des différents handicaps, pour une première approche nous pouvons nous contenter d’une classification grossière.

  • Personnes malvoyantes et aveugles

Pour les personnes malvoyantes ou aveugles, la présence d’un guide est indispensable mais ce dernier peut être dans le traineau et donner les consignes, cela se fait en ski de fond et en course à pied. Pour l’avoir expérimenté en ski de fond ou le guide doit skier en étant tourné vers l’arrière, je pense que cela doit être plus facile  en traineau. Il faut toutefois prévoir un renvoi du frein  pour rendre ce dernier accessible au guide en cas d’urgence non perceptible par l’aveugle. Le rôle du guide sera aussi l’intervention sur tous les incidents de piste de type emmêlage.

  • Personnes à mobilité réduites quelque soit la lésion (paraplégique, tétraplégique, myopathie, polio …… âge !!).

Pour ce type  de pratiquants qui seront actifs à partir de la nacelle du traineau, il est indispensable de prévoir un système de freinage accessible et un système de propulsion pour aider les chiens en montée. Une des caractéristiques possible de ce public est la faiblesse de la sangle abdominale qui impose un maintien par ceinture, voire harnais, dans le siège du traineau. Ensuite se pose le problème de l’autonomie. Les sportifs n’auront aucune possibilité de se relever pour intervenir sur les chiens ou en cas de sortie de piste. Des solutions sont alors envisageables :

Soit un attelage deux chiens sans neck pour limiter les conséquences d’un croisement et un parcours sur lequel les organisateurs ont un visuel permanent,

Soit la présence d’un valide sur le traineau dont le rôle se limitera à assurer la sécurité de l’homme et des chiens mais cela sous entend un attelage plus nombreux.

Nous devrons donc envisager les problèmes liés au fait de devoir assumer quotidiennement un attelage. L’autonomie complète en ce domaine est-elle envisageable ? Nous avons tous plus ou moins en tête les difficultés liées à l’accessibilité des sites. Comment les envisager avec en plus une équipe de furieux pressés d’en découdre sur la piste ? Comment définir les limites ? Rien d’insurmontable avec de bons handlers mais il est indispensable d’y réfléchir.

Peut-être devons nous favoriser d’abord la pratique mono chien sur les luges nordiques (à condition de leur adapter un frein) habituellement utilisées par les skieurs de fond à mobilité réduite.

Pour le hors neige, l’équivalent du Vtt est le fauteuil tous terrain qu’il faudra doter d’un blocage de direction pour permettre au sportif de lâcher le guidon et de pousser sur ses roues dans les parties montantes. Il faudra sans doute prévoir au moins deux chiens et un visuel permanent pour la sécurité.

  • Sauf information contraire, parce que je n’ai jamais travaillé avec des personnes sourdes, les problèmes posés par ce handicap ne sont pas liés au matériel ni à l’aptitude physique mais nécessiteront sans doutes un travail de communication pour la compréhension des consignes d’apprentissage ou de sécurité.

Comme il faut bien prendre le problème par un bout nous allons faire, à l’occasion du départ de la LEKKAROD avec bien sur l’accord des organisateurs, une séquence d’essai de matériel.

Nous disposerons de deux traineaux sur lesquels nous avons monté une pièce permettant à une personne dans la barquette d’actionner le frein d’origine du traineau. Deux bâtons télescopiques assureront l’aide à la propulsion dans les montées. Nous recherchons une solution satisfaisante en matière de sécurité pour fixer l’ancre à neige.

Sur l’un des deux traineaux nous avons reculé le poste de pilotage et posé une coque enveloppante  pour plus de confort et de sécurité pour l’handisportif.

Nous disposerons également d’un fauteuil ski de type Kart-ski sur lequel un technicien en fauteuil qui connait bien ce modèle nous a fait des réserves en activité de traîne, les fautes de care étant parait-il fréquentes. Mais l’essai mérite d’être fait.

Nous disposerons ensuite d’une luge nordique complétée pour des essais en mono chien. Ces deux derniers matériels nous sont prêtés par l’association « Loisirs assis évasion » de Passy.

Et nous aurons enfin un fauteuil tous terrain fourni par la firme Quadrix avec blocage de direction pour pouvoir aider les chiens en montée, spécialement ajouté pour nous.

Nous sommes ouverts à toute demande d’une personne handicapée qui souhaiterait participer à ces tests.

Si les essais de matériel sont concluants peur être faudra-t-il contacter des fabricants pour produire quelques équipements. Se posera alors le problème du financement de ce matériel.

Faudra-t-il envisager la constitution d’un pool de matériel fédéral et comment le financer et le gérer ?

Le pôle ressource du ministère JS contacté à plusieurs reprises s’est révélé totalement impuissant à fournir une aide.

Le président de la fédération handisport, que j’ai rencontré, est intéressé par notre démarche et a désigné un cadre pour suivre notre expérience mais pour l’instant cette personne ne m’a pas contacté. Nous aurons sans doute besoin d’eux si les essais sont réussis et que nous envisageons la mise en place d’au moins une manifestation fédérale. Ne serais-ce que pour s’inspirer de leur classification des différents handicaps.

Enfin toujours dans l’hypothèse ou nous aurons du matériel fiable nous solliciterons le médecin fédéral pour des actions de formation autour des différents handicaps, de leurs conséquences non visibles (difficulté de thermorégulation, risque de blessures cutanées etc…) et de leur prévention.

Dans un prochain article si la neige veut bien se montrer nous rendrons compte des premiers résultats (avec des pilotes valides d’abord).

A bientôt et faites passer le message. Merci.

F. Machecourt

 

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