L’Homme du mois d’Août: Dominique Grandjean

 In Interview

Dominique Grandjean, professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, Directeur de l’UMES, Colonel à la Brigade des Sapeus Pompiers de Paris, (et j’en passe…).. Bref, tu as beaucoup de casquettes!!!!!! Tu es quelqu’un de très respecté que ce soit dans le milieu du Mushing ou bien le milieu vétérinaire! Et tu restes malgré tout une personne très ouverte et qui n’a pas la grosse tête! Tu as participé en tant que vétérinaire à toutes les plus grandes courses de traineau à travers le monde, et depuis deux ans tu as créé ta propre course: la Lekkarod.

En quelques mots, vu que tu es le mieux placé pour en parler, qui est Dominique Grandjean?

Rires…Ben avant tout je crois un individu normal, qui aime sans doute trop manger du chocolat et des bonnes choses, et pour qui vivre ses passions est essentiel. Tout petit je voulais etre vétérinaire ou sapeur pompier, je suis les deux, que demander de plus? J’aime enseigner, j’aime ce qui est nouveau, donc la recherche (meme si on a trop peu de moyens pour avancer comme je le souhaiterais), et j’aime les chiens sportifs ou apportant quelque chose à la société; des chiens que l’on apprécie pour leur animalité, pas pour en faire des pseudos petits humains ! Une chose importante que je n’aime vraiment pas: les cons ! Genre menteurs, agressifs, méchants, magouilleurs, hypocrites ou intéressés par eux memes ou le profit !

Pourquoi avoir voulu créer ta course?

Avant tout Lekkarod ce n’est pas « ma » course ! C’est celle de tout un petit groupe de passionnés, et c’est dans mon esprit celle de tous les mushers ou handlers ! J’ai toujours voulu faire renaitre l’état d’esprit qui régnait il y a bien des années sur ce qui fut la première course par étapes au monde (j’ai pas le droit de dire le nom, sourire); j’ai rêvé de pouvoir y arriver durant une dizaine d’années sur une autre course, mais à l’évidence j’ai échoué, alors il ne restait plus qu’à tenter nous mêmes l’aventure! Monter une course par étapes de mid distance, vraiment centrée sur le respect des chiens (via la nature des pistes et le format); une course ou mushers et handlers ont le sourire et se sentent bien; une course qui soit certes une compétition mais sans enjeux financiers. Pas si simple qu’il n’y parait, mais on a mis notre énergie pour avancer dans ce sens depuis l’édition zéro de Lekkarod.

Combien de jours? Quel type de piste? Racontes nous tout sur la Lekkarod…

Un musher que tu connais bien a récemment écrit sur Facebook que Lekkarod ne se racontait pas mais se vivait ! Je crois qu’il a résumé notre philosophie de manière parfaite. Bien sur rien n’est jamais parfait, à commencer par le climat et la neige qui font bien ce que bon leur semble. Mais nos efforts on les met sur la qualité, la non dangerosité, et l’adaptation au traineau à chiens des pistes. Je ne crois pas qu’on fasse plaisir aux chiens en leur imposant des murs de dénivelés, et je ne crois pas qu’on se soucie vraiment de leur santé avec des descentes vertigineuses par exemple. Ca fait des photos impressionnantes, certes, mais ça nous éloigne par trop de notre sport. Coté distance là encore il faut aller vers ce qui garantit le bien être des chiens tout en démontrant la qualité de préparation des attelages. Les évolutions que j’ai pu observer sur les longues et très longues distance depuis une quinzaine d’années ne me plaisent pas, désolé de le dire ainsi. J’ai 15 Iditarod au compteur comme vétérinaire de course, auxquelles je peux ajouter toutes les autres longues distance connues…Et je résumerai ma pensée de manière très brève: le plus important pour des chiens en matière de performance, c’est le sommeil et le repos ! On pourrait d’ailleurs en parler pendant des heures, sur la base même de fondements scientifiques. Et puis un autre élément important pour nous, c’est de trouver des stations à la fois sympas et ouvertes, avec lesquelles le relationnel ne soit pas un contrat mais bien une envie partagée de faire bien. La recette de Lekkarod est là. Après il faut bien sur trouver des partenaires, mais là encore sur ce plan nous ne fonctionnons qu’au partage de passion et sans relation contractuelle, et c’est sans doute ce qui fait que nos partenaires sont les mêmes depuis notre « zéro » il y a déjà 3 ans !

Si tu voulais convaincre un Musher de venir sur la Lekkarod, quels arguments utiliserais tu?

Si je voulais convaincre un musher de venir courir Lekkarod…je ne lui dirais rien, rires ! Je pense que les mushers sont assez grands et intelligents pour analyser une course et en dire ce qu’ils en pensent ou ressentent autour d’eux. Après tout, si nous sommes mauvais, il est normal que les gens nous délaissent non? Des erreurs nous en avons fait et en referons hélas, mais dés lors que les mushers comprennent notre philosophie et constatent que nous faisons vraiment tout ce que nous pouvons au quotidien pour aller dans le sens de notre sport…Après c’est juste une question de spontanéité partagée du sourire et de la gentillesse, et ça devient vite un grand moment de bonheur qui fait que les gens ont envie de venir.

Qu’est ce qui fait que cette course est différente des autres?

Ce qui fait la différence pour Lekkarod je pense très sincèrement que c’est l’état d’esprit. Je n’y suis pas encore allé faire un saut mais j’imagine que la Norway Trail est dans la même vision des choses. La hope en Russie également. Avec un élément en plus pour Lekkarod: notre volonté de véhiculer via le chien de traineau un message fort sur le chien au service de la société (c’est le cas par exemple avec l’Institut Curie et le projet KDog de dépistage des cancers du sein grâce au nez du chien), et notre vouloir profond d’utiliser Lekkarod pour éduquer les enfants et les ados via la mise en ligne d’outils pédagogiques centrés sur le chien de traineau.

As tu d’autres projets « Mushing » en tête?

Coté mushing je rêve encore et toujours d’un trophée international regroupant 3 courses par étapes dans 3 zones géographiques bien distinctes: 3 courses en janvier, février, mars…des mushers qui s’inscrivent pour les 3 courses avec un même pool restreint de chiens (les meilleurs sont alors ceux qui prennent le mieux en compte prévention et soins aux chiens). J’aimerais bien aussi voir renaitre, pour le fun et pour la promotion du sport, le genre de course « indoor » que nous avions organisées au début des années 90 dans le palais omnisports de paris bercy (Accor Arena aujourd’hui). On a besoin d’apporter le sport de traineau et ses valeurs dans les villes, et ce même via des « démos » un peu circus mais dans lesquelles les chiens et les mushers s’amusent comme des fous. Je rêve enfin d’un sport unifié, qui fait fi de ses 235 fédérations, qui ne se découpe pas en 826 catégories. Mais ça, je le rêve depuis plus de 30 ans, rires !

Et pour conclure cette interview: je te laisse zone libre pour parler d’un sujet qui te tient à coeur: coup de coeur ou coup de gueule, c’est à toi de voir!! La place est libre!!!

Je crois que mon coup de gueule tient dans ma dernière réponse…Pour moi un chien est un chien, et tout ce que je lui demande c’est d’être physiologiquement apte à la pratique de notre sport. Je n’ai pas de problème à accepter qu’on catégorise « nordiques » et « non nordiques » pour des raisons de performance potentielle (encore que si on regarde de près…), mais de grâce n’allons pas plus loin.Et raisonnons ensemble sur la base d’un seul et même sport, quand bien même nos visions seraient différentes. Quant à mon coup de coeur, il ira à ces quelques passionnés qui font tout pour développer une approche Handisport dans le traineau à chiens. Il en est un qui se reconnaitra qui m’a fait pleurer durant Lekkarod 2017. Là aussi ça demande des moyens pour concevoir des matériels adaptés, mais si au fil des années on peut aider et y arriver, ce sera un autre grand bonheur, ce sans démagogie aucune.

 

Merci Dominique de m’avoir accordé un peu de ton précieux temps!

(et en tant que musher, je ne peux que conseiller la Lekkarod!!)

Sandrine pour la FFST

 

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