La Femme du mois de Juin: Sophie Tissot

 In Interview, Non classé

SOPHIE TISSOT

« Musher pro », Sentiers Nordiques, Jura

http://www.sentiers-nordiques.fr/

Sophie Tissot, musher professionnel dans le Jura, plus précisément aux Rousses. Ce que j’aime chez toi, c’est que tu travailles dans l’amour et le respect de tes chiens, et je pense que c’est très important pour l’image que doivent donner les mushers au public. Mais personne n’est mieux placé que toi, pour parler de toi..

  • Alors qui est Sophie Tissot? Quand et comment as tu commencé le mushing?

Salut Sandrine et tout d’abord merci d’avoir pensé à moi pour ton interview, ça me fait très plaisir! alors Mon nom est Sohie Tissot, j’ai 40 ans cette année (bouh) et j’ai des chiens nordiques depuis l’âge de 10 ans. Originaire des Fourgs, j’habite et je travaillé dans le Haut Jura sur la commune de Prémanon (station des Rousses) . J’ai une petite fille de 17 mois et 18 chiens. A l’âge de 10 ans, Michel et Lydia Nicolier qui sont mushers pros aux Fourgs m’ont fait découvrir la balade en traineau et 3 jours après, je trouvais un chiot à adopter..depuis, je n’ai jamais arrêté. Le virus m’avait piqué. Pour faire courir ma chienne, je me suis initiée (par moi même) au ski joering, cani VTT et cani cross.

  • Quels races de chiens as tu? Combien de chiens?

J’ai 18 chiens dont 1 Greyster de 13 ans avec qui je courrais en ski joering… Le reste de mes chiens est principalement issu d’un joyeux croisement entre le groenlandais, le Husky de lignée Leve nève avec une petite pointe d’alaskan.. Certains d’entre eux sont plus typés groenlandais et d’autre plus polar speed. Les gabarits sont très différents et cela me convient bien car mes chiens pratiquent des activités très diversifiées avec des publics différents comme les sportifs, les enfants, les personnes déficientes physiques ou mentales, les familles… j’ai donc besoin de chiens qui s’adaptent à ces différences. Idem pour les activités en pleine saison, une amie me prête ses chiens car son métier ne lui permet pas de les faire courir régulièrement. Comme quasiment tous nos chiens sont issus de la même famille (sans consanguinité) et qu’ils se connaissent, les 25 chiens travaillent et vivent ensemble sans problèmes.

  • Nous savons que si nous faisons les choses bien pour les chiens (nourriture adaptée, soins complets, entraînement avant la saison), au final, c’est beaucoup de sacrifices à l’année pour peu de bénéfices financiers. Comment on fait pour tenir? Il n’y a pas des jours où on voudrait tout plaquer (et partir sur une île!!)?

Je propose des activités à l’année avec les chiens: cani rando, cani cross, sulky pour les plus petits, cani VTT, kart, balades en traineau, conduite d’attelage, ski joering cani raquettes et pulka à la 1/2 journée ou à la semaine mais cela permet uniquement d’entretenir les chiens à l’année et de financer les frais courants et les investissements. En marge de ces activités, j’encadre les randonnées en montagne, je fais également du guidage autocariste pour les groupes. J’ai arrêté de donner des cours de ski nordique car je n’avais plus assez de temps! Quand on fait ce métier, il ne faut pas espérer être riche ou faire fortune: vivre de cette passion est difficile et c’est sans compter les problèmes inérants à l’activité: les difficultés administratives liées à l’installation, les autorisations à négocier pour obtenir un site de travail, la recherche de clients pour les périodes hors saison… J’ai l’impression que tout cela est de plus en plus difficile à obtenir car la règlementation et les espaces de travail sont très stricts et limités; c’est une lutte permanente pour faire sa place et défendre son activité auprès des collectivités. Effectivement, ce côté est usant et il arrive d’avoir envie de baisser les bras d’autant plus que l’image du musher est souvent mal-vue. II faut se justifier , prouver que le travail est bien fait, ne jamais faire de faux pas. C’est là que je te rejoints quand tu dis que la manière d’appréhender et de partager notre métier passion est primordial c’est aussi ce qui nous rend crédible dans cette activité: le respect et l’amour du chien sont incontournables, ils sont le moteur même de notre activité et de notre longue vie dans cette voie. Je m’explique: comment est ce possible d’encadrer une activité avec nos chiens si eux même ne sont pas équilibrés et bien dans leurs pattes et leur tête? leur respect, leur confort, leur bien être est pour moi, le maitre mot d’une vraie complicité. Leur espace de vie, leur mode de transport… tout doit être en adéquation.. Du matériel propre ( harnais, colliers…qui ne sentent pas le chien mouillé à des km) et entretenu, des chiens brossés et présentables (c’est çà dire avec leur 2 oreilles entières de préférence et pas de plaies béantes sur les pattes) , sympas entre eux et sociables avec les enfants….Un travail sur le terrain propre et sérieux, polyvalent de préférence.. Tout cela est un ensemble qui révèle la vraie capacité du muher pro à se fondre dans le paysage et à trouver sa place dans le milieu économique local. C’est un travail permanent et quotidien qui nous rend crédible auprès des élus, des clients, des collègues ou…pas. Je m’efforce autant que possible de suivre cette démarche mais cela est difficile et fastidieux.

  • On sait que l’arrivée des « faux » mushers pro sur le marché (les non diplômés) est un réel souci dans la profession (niveau sécurité en premier lieu), as tu un avis la dessus?

En ce qui concerne les faux mushers… je crois que tu touche la corde sensible.. J’ai fais parti des personnes qui ont mis en place le DEJEPS: titulaires de plusieurs Brevets d’état, je ne peux que défendre ce diplôme qui est très complet très formateur. Je ne connais aucune discipline sportive en France qui ne soit pas régit et réglementée par un BE ou DEJEPS. Personne ne s’invente moniteur de ski ou de plongée et de même, personne ne propose d’encadrer sans diplôme sauf …………… sur les activités avec les chiens!! hallucinant non?? c’est une aberration: ces faux mushers pro qui bossent sans diplôme et/ou sous forme associatives sont ils plus doués que les autres pour se permettre d’encadrer des activités sans avoir été formés?? sont ils tous performants sur toutes les techniques d’attelage et de sécurité en milieu montagnard? sur le matériel? en pédagogie? en soins et secours humains et canins? en gestion d’entreprise? en nivologie? en règlementation? Bref, j’en passe. Tous ces gens se disent mushers pro mais n’ont rien de professionnels: quand je vois leurs approches sur le terrain ou via le net: je bondis. Bien sûr, personne n’est irréprochable, mais là, c’est le pompon!! Certes le diplôme a un coût mais comme dans tout métier: on se forme et après on travaille.Tiens j’ai 2 chevaux, j’ai fais 2-3 trucs avec, demain je suis accompagnatrice équestre!! ah ah la bonne blague! tiens je nage bien demain je suis monitrice de natation! ah ah non c’est fou mais on trouve ce genre de déviance uniquement chez les mushers! euh..là je crois bien que je ne vais pas me faire que des amis!! ahah

  • Le mot de la fin est pour toi: coup de gueule, coup de pub, coup d’amour…

Bon et bien je crois bien que c’était mon coup de gueule! Je crois que tu ne vas plus avoir de place sur ta page!

 

Merci Sophie du temps que tu auras consacré, bonne continuation avec tes chiens!

Rappelons qu’il existe deux formations: une formation pour le transport, le SIL. Et un diplôme d’état le DEJEPS (enseignement et encadrement de toutes activités d’attelage canin).

Sandrine pour la FFST

 

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